Ils se provoquèrent à un nouveau combat pour le lendemain, mais le roi de Mauritanie s’enfuit de son camp pendant la nuit, ayant perdu sa main. Au point du jour, les Lochlanns, revêtus de leurs armures, se préparèrent au combat, pleins d’ardeur et d’espoir. Mais quand les Maures s’aperçurent que leur roi les avait abandonnés, ils prirent eux-mêmes la fuite. La plupart tombèrent au pouvoir de l’ennemi, et furent massacrés.
 Ensuite, les Lochlanns mirent tout au pillage lors de leur passage à travers le pays. Ils emmenèrent une grande quantité de Maures prisonniers à Erin. Ce sont les hommes bleus d’Erin, car les Maures sont pareils aux hommes noirs étant donné qu’ils ont la peau noire. Mais les deux tiers des Lochlanns furent ou massacrés, ou firent naufrage dans le détroit du Gaditanais, et si le reste put échapper ce ne fut que par miracle. »

Annales de Saint-Bertin. pour 859
« Les pirates de mer danois cinglèrent longuement entre Espagne et Afrique et pénétrèrent de force dans le Rhône. Après avoir ravagé plusieurs villes et monastères, ils s’installèrent dans l’île Camargue ! »

La prise de Nekor ou Svein accompagne Björn et son jeune frère Ivar, nous est inspirée des sources irlandaises, nous connaissions les prénoms des frères de Björn, dit côtes de fer :
Ivar, Ubbe et Halfdan et il est vrai que nous avons choisi ici l’un des trois frères par hasard .
L’enlèvement des deux princesses  nous est donné par d’une part le texte de Becri qui nous précise qu’elles furent rachetées , il fallait alors immaginer leur échange contre rançon dans un milieu hostile aux vikings (la méditerranée est sous le contrôle des musulmans). D’ou cette idée d’envoyer comme émissaire un vieillard capturé suite la découverte d’un autre texte communiqué et traduit par Gabriel Martinez, professeur à la faculté d’ Histoire de Rouen, spécialiste de l’Espagne arabe :
 

Chronique d’ Ibn al – Quîtiya.

Après que les troupes de l’émir aient repris séville de haute lutte aux Normands (en 844) la chronique dit :
« Deux autres détachements normands s’étaient dirigés l’un vers cordoue, l’autre vers lecant mais quand les normands qui étaient à Séville apprirent la vaillance et l’arrivée de l’armée (andalouse) et l’anéantissement du détachement qu’ils avaient envoyé vers Moron, ils s’enfuirent sur leurs vaisseaux, vers l’amont. Ils reprirent (en route) leur compagnons (partis vers Cordoue) et firent demi tour vers l’aval. Les gens (depuis la rive) les insultaient et leur jetaient des pierres avec des frondes. Un mille en aval de Séville, ils dirent à haute voix à ceux qui leur envoyaient des pierres  « Si vous voulez qu’il y ait rançon, laissez nous en paix ». On arrêta donc de leur jeter des pierres, et ils permirent qu’on leur rachetât des prisonniers, la plupart (de ces prisonniers) furent rachetés, mais (les Normands)ne prirent ni or, ni argent, mais seulement de la nourriture et des vêtements 
*1 Puis ils s’éloignèrent de Séville et se dirigèrent vers Naqur où ils capturèrent le grand–père d’Ibn Sâlih, que racheta l’émir de Cordoue * 2 Abd al- Rahman II. Aussitôt après, les normands dévastèrent les deux côtes de la mer et s’en furent jusqu’aux pays bysantins et à  Alexandrie… »

Après avoir rappelé qu’abd al –Rahman II fit fortifier Séville, l’auteur ajoute : « De sorte que quand les normands revinrent en 244v(de l’hégire – 859),à l’époque de l’émir Mohammed, on vint à leur rencontre à l’embouchure du fleuve et on les mit en fuite. On leur brûla quelques navire et ils s’en allèrent. »

*1 Or & argent signifient « pouvoir », les vikings n’en ont pas pris signifie : Ils n’ont pas réussi a ébranler le pouvoir des émirs de Cordoue.
*2  Ce détail montre que les roitelets de la ville marocaine de Naqûr sont les vassaux des émirs omeyyades de Cordoue

Commentaire de Gabriel Martinez

Nous avons très peu de chose sur les raids vikings qu’a recu l’Espagne Musulmane, pour deux raisons :
- Ces raids sont pour l’essentiel du Ix siècle, époque pour laquelle, comme le VIII siècle nous n’avons pratiquement pas de textes andalous. Notre documentation commence vraiment avec des Chroniques du Xe siècle qui raconte les événements d’un siècle avant. Donc seuls les grands événements – le sac de Séville qui dût être terrible - et l’assaut sur la côte méditerranéenne (en 859-860 en effet), côte sur laquelle on ne sait pratiquement rien pour les VIIIe & IX e siècles.
- Les andalous n’avaient pas l’habitude d’insister beaucoup sur leurs défaites.

Bien qu’il semble qu’il y est confusion des deux raids vikings sur l’Espagne musulmane (844 Voir tome 1 de Moi Svein & 859-862), ce texte mentionne la capture d’un vieillard important à Nekor. Le sort des  autres habitants capturés est évoqués planche 26, puisqu’ils sont emmenés par Ivar en Irlande.

Les vikings n'en ont pas fini avec l'Espagne, Il y aura leur retour vers l’Atlantique, et leur incursion au nord de l'espagne, cela est relaté dans le tome 3, de la série Svein.
Les raids sur l’Est de l’Espagne côtes de todmir & Orihuela mentionnés par Ibn-Adari , Lecant par  Ibn al – Quîtiya qui concerne la Murcie (Tudmir fait référence à un vaste territoire qui comprenait les cités de Murcie, Mula, Lorca, Orihuela, Eyyo, Ilici , Alicante (lecant) selon le pacte de Tudmir de 713) , sont racontés par Eirik personnage de la BD qui en fait la narration à Svein à son retour en camargue. Celui-ci enchaine avec ses épopées sur Narbonnes et Nîmes ce qui nous amène aux cotes du roussillon et au Rhône.

Commentaire de Johannes Steenstrup – Les invasions normandes en France-

Ce texte fournit des renseignements très remarquables . Les fils de Raghnall se livrent à la piraterie en Angleterre, en Espagne, en Mauritanie. On nous parle de leur pressentiments, de la crainte de la mort de leur père qui les obsède ! On est presque d’accord avec la saga irlandaise, qui nous dit que les fils de Ragnar, après avoir pillé les pays du sud, rentrèrent chez eux. Ils ignoraient les résultats de l’expédition de Ragnar et « étaient très curieux de savoir comment il avait réussi »(Fornald Soegur,I,283) Dans la Saga, de même que dans la chronique Irlandaise, le père meurt pendant leur entreprise en Méditerranée.
A quelle époque faut il fixer cette expédition ? Les Normands, au cours du IXe siècle, visitèrent l’Espagne seulement deux fois : en 844 et en 858-860. Il faut choisir entre ces deux époques et , comme la dernière est plus rapprochée de 867 (Les Danois avaient occupé York le 1er  Novembre 866 et y demeurèrent jusqu’au 21 Mars 867.) elle est la plus vraisemblable.


Commentaire de Régis Boyer, Les Vikings. 1992

Revenons en 858. Il semble que ce soit cette année-là qu’avec Hasteinn (Hasting de nos textes) et 62 bateaux, Björn ait entrepris un immense raid, assez fabuleux. Il aurait longé les côtes espagnoles, opérant une incursion sans lendemain dans le Guadalquivir, aurait passé le détroit de Gibraltar(bien connu des sagas islandaises sous le nom de Njôrvasund.), pillant Algésiras, la Murcie et les Baléares. Au passage il aurait débarqué en Afrique du Nord, au Maroc (Nekor dans nos sources noroises) et aurait capturé des Blamenn, c’est-à-dire des Noirs, qu’il aurait envoyés en Irlande où il furent un grand objet de curiosité. Dans la Méditerranée, Björn aurait remonté la côte espagnole puis harcelé celle du Rousillon, pillé (peut-être) Narbonne, campé dans une île de la Camargue, mis Arles à sac, ainsi que Nîmes et Valence, avant de redescendre le Rhône.


Commentaire de l’Abbé O Delarc – Revue des questions historique, tome 31,1882-

Sébastien de Salamanque se trompe en supposant que les Normands sont allés en Grèce ,mais en revanche, il est tout à fait d’accord avec les Annales de Saint Bertin, en disant que la seconde invasion Normande dans le midi de l’Europe a duré trois ans.

Vikings et Carolingiens

Vikings &

Carolingiens

couverture BD viking svein1

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Eriamel

Les premiers raids vikings - 787-794.

Le 8 juin793, les vikings attaquent le monastère de LINDISFARNE, Ce mo­nastère fondé en 655 par des moines irlandais, a joué un rôle important dans la christianisation de l'Angleterre. Aussi ce raid soulève-t-il une grande émotion en Europe Occidentale quand le monde chrétien apprend que des païens ont profané le lieu sacré ou Saint Cuthbert a été abbé au siècle précédent. Si la date de ce raid est parfaitement connue ce n'est pas la première incursion des vikings : quelques années auparavant, Beaduheard, officierdu roi Bertric, roi de l'Est Anglie, est tué par l'équipage de trois navires scandinaves. La scène se passe entre 787 et 789. Après Lindisfarne, de nombreux monastères du nord des îles britanniques sont attaqués tour à tour, 794 : attaque des monastères de Jarrow, puis de Monkwearmouth, 795 : attaque des monastères de l'Ile d'Iona (fondés par St Colomban) et des îles d'Inishmurray et Inishbofin au nord de l'Irlande...

793, les vikings attaquent Lindisfarne

L'Age d'Or des grands chefs vikings -

839-885.

 

En 839, un premier chef norvégien important THORGILS*, fait son apparition au nord de l’Irlande. Il vient non seulement piller, mais
conquérir et régner. Il commence par s'enfoncer dans les terres pour dévaster le centre religieux d'Armagh. D'après la légende, il place sa femme Ota à la tête de l'ancien monastère de Clonmacnoise où celle-ci prophétise. En 840, Thorgils domine tout le nord de l'Irlande et établit des bases fortifiées qui vont devenir les principales villes du pays. En 845, les irlandais qui résistent toujours, le capturent à la suite d'une trahison et le noient dans le lac Owel. Une légende donne une autre version des faits: Thorgils fut attiré par une belle princesse irlandaise
dans un îlot du lac Owel, entourée de ses demoiselles d'honneur qui étaient, en fait, quinze Irlandais costumés en femmes.
* (Nom donné dans d'autres ouvrages : Turgeis.)

Mort de Thorgils

La mort de Thorgils (extrait de Moi Svein, compagnon d'Hasting tome 1

Pâques 845, les vikings attaquent Paris
Ragnar rencontre Charles le Chauve à Saint Denis





 il est le premier viking à négocier avec le roi de France Charles le Chauve.
Son succès est si grand qu'à son retour du Danemark, Harek, qui vient de subir une défaite devant les saxons, le reçoit fraichement. La fin de sa vie est mystérieuse. Pour les uns, il serait mort peu après son retour au Danemark des suites d'une épidémie contractée pendant le siège de Paris. Pour d'autres, ses expéditions l'auraient conduit en Europe Centrale et à Byzance, où il aurait combattu les scythes avant d'être capturé. Pour d'autres encore, Ragnar aurait écumé les îles britanniques, où il aurait été fait prisonnier par le roi de Northumbrie Aella. Entré dans la légende, il est impossible aujourd'hui de faire la part du vrai dans le récit des exploits qui lui sont attribués... Les sagas des grands chefs étant à l'époque racontées oralement, certains lieux ont pu être déformés par les différents narrateurs avant la transcription écrite. Toutefois, les circonstances de la mort de Ragnar sont similaires dans les deux dernières versions: ses ennemis le jetèrent dans une fosse pleine de serpents. Avant de mourir sous leurs morsures, il eut le temps de composer un poème. Il serait alors mort vers 860.

La flotte de Ragnar atteint Paris

(extrait de Moi Svein, compagnon d'Hasting tome 1)

 

              Rencontre de Ragnar et Charles le Chauve

à Saint-Denis.

OLAF LE BLANC. Ce norvégien débarque en Irlande en 853 et, avec l'aide d'un autre chef prestigieux, IVAR, conquiert Dublin. L'identité d'Ivar est douteuse (les sources Irlandaises le présentent comme le frère d'Olaf, mais on l'a aussi identifié à Ivar le Désossé, Fils de Ragnar Lodbrok, donc danois). A cette époque, le pays est en proie à des luttes incessantes entre Irlandais, Danois et Norvégiens. Olaf réussit à faire reconnaître son autorité par tous les vikings d'Irlande, Danois et Norvégiens et, quelques années plus tard, s'impose également face aux vikings d'Ecosse, Cette époque est relative­ment prospère pour l'Irlande, certains Irlandais adoptent le mode de vie des scandinaves.
En 871, Olaf le Blanc laisse à Ivar le trône de Dublin. Dans les sagas, Olaf est mort en Irlande à cette époque, mais de sources Irlandaises, il est tué en Norvège au cours d'un conflit où il était venu prendre part à la demande de son père. A la mort d'Ivar en 873, les scandinaves se divisent et s'entredéchirent à nouveau.

BJORN COTES DE FER est le fils présumé de Ragnar Lodbrok. Il apparait sur la Seine en 856 et sa flotte rejoint celle de Sigtrygg à Pitres. Ensemble, les deux chefs mènent des expéditions entre le fleuve et la forêt du Perche. L'Ile de Jeufosse ou d'Oissel (probablement les deux) est fortifiée de palissades et les scandinaves y installent leur camp pour l'hiver. Le 26 décembre, Bjorn mène une expédition dans les faubourgs de Paris, en 857 Chartres est prise et pillée. Cette même année, Sigtrygg quitte la Seine et en 858, Bjorn est seul à commander les vikings sur son cours. De ce fleuve, il mène des raids éclairs dans la région d'Evreux et de Beauvais. Excédé, Charles le Chauve viendra mettre le siège devant son camp, mais sera trahi par les siens.

Quelques semaines plus tard, Bjorn réussit l'exploit de rencontrer Charles en son palais de Verberie, et mettant ses mains dans celles du roi lui jure fidélité (Annales de Saint-Bertin) au moment même où ses hommes enlève l'abbé de Saint-Denis et exige une importante rançon. Donnant le change pendant quelques semaines, il quitta le roi avant que son plan soit éventé. 

On ignore si Bjorn est à Jeufosse à ce moment, en effet, il est rejoint par Hastein cette même année. Quelques mois plus tard, au début de l'année 859, Bjorn et Hastein sont sur l'Atlantique et font voile au sud, un périple qui les conduit jusqu'en Méditerranée. La trace de Bjorn disparait au retour de cette expédition en 862. Toutefois dans les sagas se rapportant à son père, il participe aux côté des ses frères à l'attaque de York (866).

Bjorn rencontre Charles le Chauve à Verberie

L'entrevue entre Bjorn et Charles le Chauve 

à Verberie en 858...

(extrait Svein Tome 3 "Pépin d'Aquitaine")

RAGNAR LODBROK est l'un des plus grands chefs danois du 9ème siècle. C'est probablement lui qui, en 843, commande les vikings qui attaquent Nantes et remontent la Loire jusqu'à Tours. L'année suivante, il remonte la Garonne et pille Bordeaux et Toulouse... Pendant ces années, sa flotte sillonne le Golfe de Gascogne...

On peut sans doute lui attribuer le raid sur la péninsule ibérique en 844.

Il attaque Paris le jour de Pâques 845.

baptême d'Hasting à Luna (Luni)

Hasting reçoit le baptême à Luna (Luni)

 HASTEIN (Hasting), est incontestablement le viking le plus redouté en terre Franque et du monde chrétien. On ignore ses origines : Danois, Norvégien ou même champenois (comme le suggère au IXè siècle le moine Glaber, il serait originaire du village de Tranquillus, près de Troyes: Trancault le repos).
En 856, ses hommes apparaissent sur Jersey et Guernesey, deux ans après, il aborde la côte normande et marche sur Chartres, puis Bayeux. Arrivant à son tour sur la Seine, il s'associe à Bjorn.
En 859, les deux associés longent les côtes de Bretagne, d'Aquitaine puis du Portugal où ils tentent un débarquement. Ils franchissent le détroit de Gibraltar, attaquent Algésiras dont ils brûlent la mosquée et mettent cap sur l'Afrique du Nord, pillant Nekor. Ils ravagent la cote méditerranéenne, les îles Baléares et établissent un camp en Camargue. De là, ils mènent des raids sur Arles,  Nîmes et Valence. Hivernant sur l'île, ils préparent leur périple sur l'Italie, plusieurs villes de Lombardie sont pillées dont Pise. C'est là qu'ils auraient pris la ville de Luna par la ruse.      Sur le chemin du retour, ils auraient enlevé les fils du souverain de Navarre pour le restituer contre une rançon. L'épopée méditerranéenne des deux hommes s'achève en 862, date à laquelle Bjorn quitte Hastein.
 
On retrouve Hastein à la tête des vikings de la Loire de 864 à 882. Ses hommes attaquent en 864 Clermont Ferrand et tuent le comte d'Auvergne : Hugues. En 866, alliés aux bretons, ils tuent Robert le Fort (Aïeul d'Hugues Capet) à Brissarthes et pillent Bourges et Orléans.
En 872, il s'empare d'Angers et s'y installe jusqu'en 873, date à laquelle il négocie son départ avec Charles le Chauve et Salomon, le Breton. En 874, Salomon est tué par un rival et le fils de celui-ci fait alliance avec Hastein pour combattre le fils d'Erispoë.
En 882, Hastein repart en Frise et rejoint la grande concentration scandinave qui occupe cette région.
En 885, il participe avec ses hommes au siège de Paris sous les ordres de Sigfrid, en 886, Sigfrid abandonnant le siège, Hastein prend le commandement. Les raids de cette période l'auraient mené jusqu'en Bourgogne. Les armées franques emmenées par Eudes réagissent. Hastein gagne  l'Angleterre et remonte la Tamise avec 80 navires. Un jour qu'il était parti piller, son camp tombe aux mains des saxons menés par Adhered, comte de Mercie...
Il disparait des textes peu après cette date.

VÉLAND (Weland) attaque Quentovic (dans la baie de Somme) en 859, et s’établit sur la Somme. A la même époque, d’autres vikings sont installés sur l’ile d’Oissel.
Au printemps de l’année suivante, Charles "le Chauve" préoccupé soudainement de la présence des scandinaves sur Oissel, un peu trop près de Paris, négocie avec véland, le chef des Vikings de la Somme pour qu'il attaque ses homologues installés en vallée de Seine. Charles lève un tribut pour payer les trois mille livres d’argent promis à Véland. En attendant que cette quantité d’argent soit rassemblée, Véland et ses hommes quittent la Somme pour piller les cotes de la Bretagne Anglo-saxonne.
En 861, rien n’est réglé, en janvier les Danois de la Seine attaque et brûlent Paris et Saint Germain, tandis que Véland ravage le pays de Térouanne dans les semaines qui suivent. Enfin, à la tête de deux cents navires, nous informe les annales de St Bertin, il assiège les Normands de l’île d’Oissel. Entre temps les enchères ont monteés, Charles a été obligé d’ordonner de lever un tribut de cinq milles livres d’argent, avec, en plus, des bestiaux et du grain. Une autre flotte de soixante navires vient se joindre au force de Véland, si bien que les Danois de Oissel offrent à leurs assiégeant six milles livres tant or que argent. Weland remplit sa mission, et tous redescendent la Seine vers la mer.  L’hiver les empêchant d’entrer en mer, et Véland étant libre des engagement pris, tous les vikings remontent la Seine occupant différents ports. Weland arrive ainsi jusqu’à Melun alors que son fils, associé aux Vikings d’Oissel, occupe le monastère de St Maur des Fossés et attaque Meaux.
Charles le Chauve semble soudain curieusement absent, certains historiens ont vu dans cette absence, l’approbation tacite de ce dernier, le raid sur Meaux devenant un avertissement à son fils rebelle Louis le Bègue et à son puissant protecteur, l'oncle de la reine, Adalard.
Il est vrai qu’au même moment, Charles le Chauve traverse la Bourgogne pour se porter « au secours » de la Provence, attaqué par les vikings d’Hastein, dans les états appartenant à son neveu. Mais là il est arrêté par Girard, gouverneur de Provence (ancien comte de Paris) et se repli sur son palais de Ponthion.
Au printemps 862, Charles envoie son armée sur les rives de l’Oise, de la Seine et de la Marne. Les vikings négocient de nouveau, ils acceptent de libérer leurs otages et en contrepartie la plupart d’entre-deux redescendraient la Seine. Weland, lui, vint à Charles, se recommanda à lui et lui prêta serment ensuite il raccompagna toute la flotte danoise jusqu’à Jumièges les bateaux furent réparés. A l’équinoxe, les danois reprirent la mer, la plus grande partie mettant cap sur la Bretagne et sur la Loire. Weland retourna vers Charles le Chauve, et se fit chrétien avec femme et enfants. Il semble alors qu’il soit régulièrement dans l’entourage de Charles le Chauve. En 863, alors que Weland accompagnait le roi, deux de ses anciens compagnons demandant à être baptisés, accusèrent Weland d’infidélité, il fut tué par l’un d’eux devant Charles le Chauve dans un combat judiciaire.

Les chefs Vikings sur les fleuves
et rivières de la France.

les chiffres en italiques sont des estimations (article en cours)
Les vikings sur la Somme :
Plusieurs raids vikings touchent la Somme, curieusement le nom des chefs de guerre apparaissent peu.
chef inconnu                 820 embouchure  (13 navires - 450 à 550 hommes)
Véland,                        859 - 860
Gudfrid                        880
Guaramond,                881 mort à Saucourt en Vimeu
Hasting (Hastein)        après 886 et avant 895 ?


Les Vikings sur la Seine :
Principale voie de communication pour pénétrer dans l'empire, les textes nous ont laissé de nombreux noms de chefs de guerre.
chef inconnu                  820 baie de Seine (13 navires - 450 à 550 hommes)
Asgeir,                           841 (première attaque de Rouen),  851, 852
Ragnar lodbrok,            845 (120 navires - 4000 à 5000 hommes , première ataque de Paris)
Sigtrygg,                       852, 855, 
Gudfrid,                        852
Bjorn, cotes de Fer       855, 858
Hasting (Hastein)         858, 885, 886 (sans doute dans le contigent de Sigfrid) + la Bourgogne
Véland                          861, 862 (200 navires + 60 supplémentaires - 5000 hommes) 
Sigfrid                           885 (700 navires - 25000 à 30000 hommes ) 
Hune                            896, 897
Hrolf (Rollon)                911 (devient comte de Rouen en 911)


Les Vikings sur la Loire : 
Deuxième voie fluviale d'importance, ce sont souvent après leurs raids sur le Seine que les Vikings remontaient la Loire, de plus, les îles en mer, proche de l'estuaire, leur offraient des refuges imprenables.

Ragnar lodbrok ?           843 (100 navires ? - 3000 hommes)
Gudfrid,                          853 - 854
Sigtrygg,                        854
Bard                                865
Hastein (Hasting)          866, 872, 873
Rögnvald (Ragenold)    919 à 925 (devient comte de Nantes en 921)

Les Vikings sur la Vilaine :
Gudfrid,                          854
Sigtrygg,                        854


Les Vikings sur la Charente : 
Már                                 863

Les Vikings sur le Rhône : 
Hastein et Bjorn, cotes de Fer  860-861

 

L'âge d'Or des viking débute dans les année 840, c'est particulièrement vrai en ce qui concerne l'Empire franc. On l'a vu plus haut, les premiers qui ont fait les frais des raids vikings sont les Northumbriens et les Irlandais. En ce qui concerne le continent, l'empire est puissant à l'apogée de Charlemagne, couronné Empereur en l'an 800.

Charlemagne a plusieurs fils, Pépin (né vers 770, fils d'une première concubine), Charles (né vers 772),Carloman (né vers 777) et Louis (né vers 778) (tous trois fils de Hildegarde qu'il a épousé en 771).
En 781, Charlemagne, roi des Lombards et roi des Francs, octroie des titres à ses fils :  Carloman qui est rebaptisé Pépin devient roi d'Italie et Louis devient roi d'Aquitaine. Charles le fils ainé est associé à la conduite du royaume Franc.
Peu de temps après, Charlemagne, rencontre, lui aussi, quelques problèmes avec sa progéniture, devenu illégitime par le mariage du roi avec Hildegarde, le (premier) Pépin projette d'assassiner le roi des Francs et des Lombards en 792. Dénoncé, il est capturé et condamné à mort, sa peine sera commuée en enfermement à perpétuité, Pépin deviendra moine à l'abbaye de Prum.
Le 25 décembre 800, Charlemagne et son fils Charles (le Jeune) sont respectivement couronnés Empereur et Roi des francs. 


Quand Charlemagne meurt en 814, il n'y a pas de problème de partage puisque ses fils, Charles (sans héritier) et Pépin, sont morts quelques années auparavant. Louis (né en 778) devient Roi des Francs et des Lombards, et peu après, en 816, empereur.
Louis le Pieux a alors 38 ans, son premier fils Lothaire (né en 795) est âgé de 21 ans, et ses  frères Pépin etLouis sont âgés respectivement de 19 ans et 10 ans.

En 817, sous l'influence de son épouse Ermengarde, Louis destitue Bernard, fils de Pépin d'Italie, de son titre de roi d'Italie. Celui-ci se révoltera, capturé en fin d'année, il meurt des suites de son aveuglement au fer incandescent au début de l'année 818. 

Charles décide aussi de désigner Lothaire comme son successeur au trône impérial, dans le but d'éviter une guerre fraternelle.
Pépin reçoit l'Aquitaine et Louis la Bavière. (carte ci contre, extrait du tome 3 de Moi Svein).
Ermengarde meurt un an plus tard, Louis se remarie, en 819, avec la belleJudith de Bavière, que l'empereur aurait choisie lors d'un concours de beauté. De cette union va naître Charles, dès lors la belle Judith fera tout son possible pour que son fils soit doté d'un héritage conséquent.

premier partage de l'empire carolingien

La désunion des princes carolingiens dans l'empire franc, une aubaine pour les Vikings.

(par Eriamel), 

En 820, curieusement le premier raid viking touche les cotes de l'empire, sans doute le premier signe imperceptible que les scandinaves ont ramené des informations sur les premiers troubles qui secouent l'empire (817-818, conflit avec Bernard, puis remariage du roi qui éloigne un peu plus les fils du premier lit de l'empereur de ce dernier). Toutefois les structures mise en place sont encore efficaces, les vikings vont être repoussés : 

"...treize corsaires sortis du pays des Normands, et qui tentèrent d'abord de piller la littoral de la Flandre, furent repoussés par les garnisons; toutefois, et par l'incurie des gardes, ils brûlèrent quelques misérables chaumières et enlevèrent un peu de menu bétail. Ayant ensuite essayé d'en faire de même à l'embouchure de la Seine, ils essuyèrent une vigoureuse résistance de la part des gardes du rivage, eurent cinq des leurs tués, et se retirèrent sans avoir réussi. Plus heureux enfin sur les côtes de l'Aquitaine, ils dévastèrent un bourg nommé Buin et regagnèrent leur patrie chargés d'un immense butin..." (Annales d'Eginhard dites Annales Royales)

En 823, de l'union entre Louis et sa nouvelle épouse va naître Charles, en 823, dès lors la belle Judith fera tout son possible pour que son fils soit doté d'un héritage conséquent, elle place ses proches aux postes clef, sa sœur épousant Louis, et exige de son époux, une redistribution de l'héritage.
En accordant en 829 à son quatrième fils Charles, l'Alémanie (correspondance actuelle : grossièrement à l'Alsace-Bade-Wurtembergen réunis) en apanage, Louis le Pieux déclenche, la révolte de ses fils, en particulier de Lothaire. L'empereur s'enfuit en exil à Barcelone. C'est sans doute à cette occasion que l'empereur déchu rencontre Bernard, comte de Septimanie (territoire entre Barcelone et les Pyrénées).


 On passera ici les divers rebondissements et changement d'alliances, car Lothaire, devenait à son tour trop puissant aux yeux de ses frères. Le vieil empereur fut libéré, Lothaire fit retraite vers l'Italie et fût déchu du titre impérial. Bernard de Septimanie devient l'un des proches de l'empereur et "précepteur" du jeune Charles, cependant au bout de quelques temps, vers 832, des rumeurs font état de relations adultères entre Judith et Bernard.  Judith préoccupée par l'ascension de son fils le sacrifie et l'éconduit.  Bernard se rapproche de Pépin.

Judith la seconde épouse de Louis le Pieux

Judith continue ses intrigues, en 838, à la mort de Pépin, elle fait en sorte que Charles reçoive le royaume d'Aquitaine spoliant Pépin II, le fils de Pépin.
Louis le Pieux meurt peu après en 840, mais le mal est fait. Pépin n'a qu'une unique solution : s'allier avec Lothaire qui veut reconquérir le titre impérial promis. C'est là qu'entrent en scène deux grands barons de l'empire, Lambert, comte des Marches de Bretagne et Rainaud, comte d'Herbauge, tous deux voisins qui s'engagent aux cotés de Charles et de Louis.
Le 25 Juin 841, les deux armées engagèrent le combat à Fontenoy en Puisaye. Ce fut un massacre effroyable. Lothaire et Pépin furent battus.
Pendant tout ce temps, les grands de l'empire ne voient pas le péril, les armées qu'ils ont concentrées, ne s'occupent plus de la protection du territoire et en mai 841, les vikings remontent la seine jusqu'à Rouen.

La bataille de Fontenoy en Puissaye , extrait de "Moi Svein, tome 3 "

Quelques semaines auparavant, des contingent entiers des armées carolingiennes ont quitté leurs cantonnements, les grands de l'empire n'étant plus préoccupés qu'en découdre entre-eux, ne gardent plus leurs frontières et en mai 841, une escadre viking commandé par Asgéir remonte la Seine jusqu'à Rouen.

Les faits sont relatés par les moines de l'abbaye de Fontenelle (St Wandrille) dans leurs annales.

Le 12 mai, les vikings entrent dans l'estuaire de la Seine, ils atteignent Rouen deux jours plus tard. La cité est pillée et incendiée. Soixante huit captifs sont emmenés comme esclaves. Les moines de St Ouen ont juste le temps de fuir avec les reliques de leur saint.

Les Scandinaves décident de redescendre la Seine et de piller chaque monastère qu'ils ont repéré quelques jours auparavant. Le 24 Mai, l'abbaye de Jumièges fait les frais de leur passage. Le lendemain, les moines de l'abbaye de Fontenelle obtiennent d'être épargnés contre une rançon de six livres d'or. Quelques jours plus tard, en aval, les captifs de Rouen seront libérés contre une rançon remis par les moines de St Denis. Quelques jours plus tard, l'abbaye de Fécamp est à son tour la proie des Vikings.

 

Annales de St Bertin pour 841 : " Cependant les pirates danois, venus des rives du Nord, firent irruption sur le territoire de Rouen et, promenant partout la fureur du pillage, du fer et des flammes, livrèrent la ville au carnage et à la captivité, dévastèrent tous les monastères ainsi que tous les autres lieux voisins de la Seine, où les laissèrent remplis d'effroi, après en avoir reçu beaucoup d'argent."

D'autres annales et chroniques énumèrent les faits dont on trouve une compilation dans le recueil des historiens des Gaules et de la France. Tome septième. Index chronologicus...

Les Normans viennent en France sous la conduite  d'Oscher, brûlent Rouen, et réduisent en cendres
le Monastère de Jumièges. Le Monastère de saint Wandrille se rachette pour six livres pesant d'argent. Les Moines de saint Denis payent 26 livres pesant pour la rançon de 68 captifs. Les Normans gagnant la mer Vulfard se présente devant eux mais ils refusent le combat. 40. c.
 
Les Normans se jettent sur Rouen pillent la ville, massacrent et emmènent en captivité les Moines et le peuple, ravagent les Monasteres les Eglises et les lieux voisins de la Seine. 59. d. 152.b.
 
Les Normans pillent et détruisent Rouen, après en avoir tué l'Evéque; ils mettent le feu au Monastère de Jumièges. 231. c. 
 
Les Normans brûlent Jumièges ils projettent ensuite d'aller à Rouen. Les Moines transfèrent le corps de saint Ouen à Condé, et les reliques du martyr saint Nicaise à Wambaise. 372. b.
 
Le corps de saint Ouen est porté par les Moines à Gagny. Les reliques de saint Aicadre sont transférées à Haspres par les Moines de Jumièges. 40. n.
 
Les Normans entrent en France par la Seine. 224. c. 358. n. Ils pillent Rouen. 246. c.
Translation de saint Ouen son Monastère est brûlé le 15 de mai. 371. c.

la bataille de Fontenoy en Puissaye

La bataille de Fontenoy ne règle rien. Lothaire, battu, s'enfuit à Aix la Chapelle. Après la bataille Charles prend en otage le fils de Bernard de Septimanie pour amener ce dernier à négocier la reddition de Pépin. Pourtant Bernard, vassal de Charles pour la Gothie (Septimanie) et de Pépin pour le comté de Toulouse, s'est abstenu de toute participation à la bataille.

Bernard, vassal de Charles pour la Gothie (Septimanie) et de Pépin pour le comté de Toulouse, s'est abstenu de toute participation dans la bataille. 

Charles récompense aussi Renaud le comte d'Herbauge, en lui donnant le comté de Nantes, au détriment de 

Lambert qui dès lors se met au service des Bretons.
Charles et son oncle Louis marchent sur Aix la Chapelle et Lothaire affaiblit est bien obligé de négocier pour sauver ce qui peut être. 
Pendant que les grands en sont à leurs préoccupations, Renaud attaque les Bretons sur la Vilaine. Son succès sera de courte durée, lors de son retour sur ses terres, il est surpris par Lambert à Blain et sera tué vers la mi-juin 843. Quelques jours plus tard, Nominoe, comte de Bretagne envoie Lambert négocier avec les Vikings... (Chronique supposée de Nantes)

Pour voir le tableau

cliquez sur l'image ci-contre

Le 24 juin 843, jour de la Saint Jean Baptiste, Vikings et Bretons attaquent Nantes. 

Annales de Saint Bertin : "
...le breton Noménoé et Lambert, qui lui avait récemment retiré leur foi, tuèrent Renaud, duc de Nantes et firent plusieurs prisonniers...Des pirates Normands arrivés dans la ville de Nantes, après avoir tué l'évêque et beaucoup de clercs et de laïcs sans distinction de sexe et avoir pillé la ville, allèrent dévaster les parties inférieures de l'Aquitaine, enfin arrivés dans une certaine île, ayant fait venir de la terre, ils firent des maisons pour hiverner et s'y établirent comme en perpétuelle demeure."

 

Mort de l'évêque Gunhard à Nantes
Les vikings à Nantes

Guillaume le fils de Bernard de Septimanie parvint à s'évader, Charles le Chauve, après s'être assuré de la neutralité de Lothaire, s'enfonce en Aquitaine et marche sur Toulouse occupé par Bernard. Ne pouvant prendre la cité, il fait appel à des renforts venus de Poitiers, mais ceux-ci sont interceptés par Pépin et Guillaume. Charles le Chauve doit rebrousser chemin.

En 845, les vikings reviennent sur la Seine et remontent jusqu'à Paris, la même année les vikings remontent l'Elbe : 


Annales de St Bertin pour 845 : " Hiver très rude. Les Normands, avec cent vaisseaux, entèrent le 20 du mois de mars dans la Seine, et ravageant tout de côté et d'autres, arrivèrent sans résistance à Paris. Charles fit dessein d'aller à leur rencontre, mais prévoyant qu'en aucune façon les siens ne pourraient remporter l'avantage, il pactisa aucunement avec eux, et, par un don de sept mille livres, il les empêcha d'avancer et leur persuada de s'en retourner... Eurich, roi des Normands, s'avança contre Louis en Allemagne avec six cents vaisseaux le long du fleuve de l'Elbe.

 

Nous avons ci-dessus évoqué, par quelques exemples, les faits et  soubresauts qui émaillèrent l'histoire de l'empire carolingien. Les raids vikings allaient encore se poursuivre sur plusieurs décennies pour les mêmes raisons.
Le tableau joint ci après couvre la période 800 à 866. 

Vikings en Méditerranée

... On y trouva de l’or, de l’argent, des prisonniers, des munitions. Les autres navires des Madjous s’avancèrent en suivant la côte, et parvinrent à l’embouchure du fleuve de Séville. Alors l’émir (Mohammed) donna à l’armée l’ordre de se mettre en marche et fit proclamer partout qu’on eût à se ranger sous les drapeaux du hâdjib Isa-ibn-Hassan. Quittant l’embouchure du fleuve de Séville, les madjous allèrent à Algéziras, dont ils s’emparèrent, et où ils brûlèrent la grande mosquée. Puis ils passèrent en afrique, et dépouillèrent les possesseurs de ce pays. Cela fait , ils retournèrent vers l’Espagne, et ayant débarqué sur la côte de Todmir, ils s’avancèrent jusqu’à la forteresse d’Orihuéla. Puis ils allèrent en France où ils passèrent l’hiver. Ils y firent un grand nombre de prisonniers, s’emparèrent de beaucoup d’argent, et se rendirent maîtres d’une ville où ils s’établirent et qui aujourd’hui encore porte leur nom. Ensuite ils retournèrent vers la côte d’Espagne, mais ils avaient déjà perdu plus de 40 de leurs vaisseaux, et quand ils eurent engagé un combat avec la flotte de l’émir Mohammed, sur la côte de Sidona, ils en perdirnet encore deux qui étaient chargés de grandes richesses. Les autres navires continuèrent leur route. »

Après la perte de deux de leur bateau, on retrouve les vikings à l’embouchure du fleuve de Séville, puis à Algéziras , ce qui nous rapproche du texte de l’historien galicien et de Ronda et de Malaga (cités situées à moins de 80kms à vol d’oiseau à l’intérieur des terres pour la première et à quelques 130 kms par voie de mer pour la seconde).


Le franchissement de la méditerranée est ensuite confirmé dans plusieurs autres textes arabes,
Un texte espagnol, les annales de St Bertin et par de vieilles sources Irlandaises :

 

 Nowairi, dans Dozy : op.cit.,t II, p 296.
« Dans l’année 245, les Madjous vinrent attaquer l’Espagne dans leur navires. …
Puis ils passèrent en Afrique, après quoi ils retournèrent en Espagne, et les troupes de Todmir ayant pris la fuite, ils se rendirent maîtres de la forteresse d’Orihuela. Ils s’avancèrent ensuite jusqu’aux frontières de la France, et faisant des incursions dans ce pays, ils obtinrent beaucoup de butin et de prisonniers. Pendant leur retour, ils rencontrèrent la flotte de l’émir Mohammed, et ayant engagé un combat avec elle, ils perdirent quatre de leurs vaisseaux , dont deux furent brûlés ; ce qui se trouvait dans les deux autres tomba entre les mains des Musulmans. Alors les Madjous commencèrent à combattre avec fureur, de sorte qu’un grand nombre de Musulmans moururent martyrs. Les Madjous allèrent jusqu’à la ville de Pampelune, et firent prisonniers le Franc Garcia, seigneur de cette ville. Celui-ci se racheta moyennant quatre vingt dix mille dînars. »
 
 

 Becrî, dans le Journal asiatique, traduction de Slane, 1859, p 169

«En l’an 244,  les Madjous, que Dieu les maudisse ! envahirent la ville de Nokour et la mirent au pillage. Ils emmenèrent en captivité tous les habitants qui n’avaient pas cherché leur salut dans la fuite. Au nombre des prisonniers se trouvèrent Amma-t-er Rahman, la servante de Dieu le misercordieux, fille de Ouakef, fils d’El Motacem ibn Salet, et sa sœur Khanâoula ; mais elles furent rachetées par l’inam Mohammed ibn Abd – er- Rahman (5e souverain oméïade d’Espagne). Pendant huit jours, la ville de Nokour resta au pouvoir des Madjous. »

(extrait Svein Tome 2

 "Méditerranée")

les vikings capturent deux pricesses arabes

Becrî, dans le Journal asiatique, traduction de Slane, 1859, p 327

« La seconde fois qu’ils débarquèrent au port d’Asila, leur flotte venait d’être chassée des parages de l’Andalousie par un fort coup de vent. Plusieurs de leurs navires sombrèrent à l’entrée occidentale du port, au lieu qui s’appelle encore Bab-el-Madjous,  « la porte des paîens. » Les habitants du pays s’empressèrent alors de bâtir un Ribat sur l’emplacement d’Asila, et d’y installer une garnison qui devait se renouveler régulièrement au moyen de volontaires fournis par toutes les villes du voisinage. »

 
Sébastien de Salamanque, dans Florez, Espana Sagrada, t XIII, p 489.

« A cette époque (sous le roi Ordonio), les pirates normands reparurent sur nos rivages, puis ils allèrent en Espagne * et ravagèrent toutes les côtes par le fer et le feu. Ayant ensuite traversé la mer, ils s’emparèrent de Nachor ,ville de la Mauritanie, et y massacrèrent une multitude de Chaldéens. Ils envahirent également les îles de Majorque, de Fermentella et de Minorque et y firent de nombreuses victimes. Enfin, après une expédition en Grèce, ils regagnèrent leur patrie, dont ils avaient été absents pendant trois ans. »

*C’est à dire dans l’Espagne musulmanne.
 
 

Dubhaltach Mac Firbisigh, Three fragments copied from ancient sources
Publié en vieil irlandais avec une traduction anglaise de O. Donovan

 « A cette époque (865-866) apparurent devant York des Aunites (Danois)  … Ce fut le commencement de grandes souffrances et de grands malheurs pour les Anglais. Car peu auparavant …Raghnall vint avec ses trois fils aux Orcades et y resta avec son fils cadet. Mais les aînés, poussés par leur arrogance et leur ambition, allèrent aux îles britanniques pour attaquer les Francs et les Saxons. Ils croyaient que leur père était retourné à Lochlann peu après leur départ.

Alors leur orgueil et leur fougue juvénile les poussèrent vers la  mer Cantabrique entre Erin et l’Espagne, pour aborder en Espagne, où ils firent beaucoup de mal et mirent tout le pays à feu et à sang. Puis ils passèrent par le détroit Gaditanais, abordèrent sur les côtes d’Afrique et soutinrent un combat contre les Maures qui furent tués au milieu d’un grand carnage. Mais un des fils, se préparant au combat, dit à son frère : « Frère, c’est une grande folie et une grande sottise de courir ainsi d’un pays à l’autre, à travers le monde entier, et d’exposer notre vie au lieu de défendre notre patrie et d’obéir à la volonté de notre père. Il est seul maintenant, loin de sa patrie, il vit dans un pays qui n’est pas le sien ; le fils que nous avons laissé auprès de lui a été tué, comme il m’a été révélé (dans un rêve), et un autre a succombé sur le champ de bataille. Je serais même étonné que notre père ait eu la vie sauve dans ce combat. 


Et il en était en effet ainsi. En prononçant ces paroles, il vit avancer les Maures rangés en ligne de bataille. Il s’élança brusquement dans la mêlée et parvint jusqu’au roi de Mauritanie. En lui portant des coups avec sa longue épée il lui coupa une main. Le combat fut poursuivit jusqu’à sa fin avec une grande bravoure de part et d’autre, mais aucun d’eux ne remporta la victoire. Beaucoup de guerrier y trouvèrent la mort ; finalement les adversaires se retirèrent, chacun dans son camp. 

GUDFRID est le fils du roi Danois Harald Klak, Il reçoit le baptême à Mayence en826 alors qu'il est enfant, en même temps que son père qui souhaite obtenir le soutien de Louis le Pieux pour prendre le trône du Danemark, en présence de Louis et de Lothaire,
En 852, il arrive sur la Seine après avoir quitté la Frise et s'associe avec le norvégien Sigtrygg. Pendant l'hiver 852/853, les deux hommes sont assiégés sur l'île de Jeufosse par Charles le Chauve accompagné de son frère Lothaire. Gudfrid négocie alors avec Charles et quitte la Seine, laissant Sigtrygg à Jeufosse -celui-ci ne se sentant pas concerné par cet accord- pour se retrouver aussitôt sur la Loire. Nantes et Tours sont ainsi attaquées en 853 lors des raids qu'il lance de son camp retranché sur l'Ile de Bièce, face à Nantes.
En 854, Sigtrygg arrive à son tour sur la Loire, les campagnes de Gudfrid ayant été plus fructueuses que les siennes sur la Seine, Sigtrygg exige sa part de butin. Envain, Gudfrid et ses hommes retranchés dans leur camp empêchent le nouvel arrivant de prendre pieds sur Bièce. Sigtrygg s'allie alors au roi Breton Erispoë et assiège Gudfrid. Après une journée de bataille, Sigtrygg blessé se réconcilie avec Gudfrid qui lui donne un peu de butin à condition qu'il reparte sur la Seine.
Gudfrid se venge ensuite en écumant la Bretagne, en particulier Vannes et la Vilaine, seul le monastère de Redon sera miraculeusement épargné, il .reprend également ses raids sur la Loire: Blois est ainsi attaquée. En 855, Erispoë qui a reconstitué une armée, l'oblige à reprendre la mer et il rejoint son oncle Rurik en Frise, il lui succède en 876. Dans les années 880, lui et ses hommes constituent une partie de la grande concentration scandinave qui ravage le pays entre l'Escaut et la Somme, puis sur le Rhin et la Meuse. En effet on retrouve Gudfrid en 882 au camp d'Elsloo où il partage le commandement avec Sigfrid et Orm. Il est tué en Frise en 885.
Nom donné dans d'autres ouvrages: Gudfrid = Godfrid -Godfred, Sigtrygg =Sidric -Sidroc).

L’ouvrage commence par l’accostage des côtes de la Galice, sur une zone aujourd’hui à cheval entre l’Espagne et le Portugal, puisque Braga est en Portugal et les premiers textes qui mentionnent les faits sont :
  

Chronique d’Albelda, c61, dans Florez, Espana Sagrada, t XIII, p 453.
« Du temps d’Ordonio, fils de Ranemir (850-866), les normands firent une nouvelle invasion sur les cotes de Galice et furent repoussés par le comte Pierre. »
  

Sébastien de Salamanque, dans Florez, Espana Sagrada, t XIII, p 489.
« A cette époque (sous le roi Ordonio), les pirates normands reparurent sur nos rivages, puis ils allèrent en Espagne * et ravagèrent toutes les côtes par le fer et le feu. »
*C’est à dire dans l’Espagne musulmanne.
  
Un autre historien Galicien, du siècle dernier donne quelques précisions sur ce raid et la poursuite de celui-ci plus au sud :
 

José Antonio Conde, Historia de la dominacion de los arabes en Espana.
« A cette époque-859-une nouvelle escadre normande apparut sur nos côtes. Ces farouches fils du Nord prirent pied sans rencontrer aucune résistance des gens du pays ; submergés par la terreur en voyant ce débarquement, ces derniers abandonnèrent, comme la fois précédente, leurs maisons, se repliant avec leurs troupeaux vers les grands centres de population. Les Normands saccagèrent et ravagèrent nos régions côtières. Mais se réunissant à grand renfort de trompes et de tambours sous les ordres du comte Pierre, seigneur de Braga, les galiciens tombent sur les ravageurs fils du Nord, en faisant un cruel massacre, et les obligent à rembarquer, selon la chronique d’Albelda.
Il est singulier de constater qu’à deux reprises nos Galiciens eurent la gloire de repousser les normands,et aussi que, par la suite les vikings dirigèrent leur campagnes contre les côtes andalouses. Ils y débarquèrent, et parcoururent victorieusement les campagnes de Rayyo (Malaga), Catarma, les gras cantons de Ronda, laissant partout d’après la chronique musulmane, les traces des ravages de la tempête. »

Cet extrait est cité dans
 « Historia de Galicia » par Don Bénito Vicetto –1871-
 
Ce qui explique le raid éclair de Svein à Ronda, suite à la capture de deux navires viking par les sarrasins, tandis que Björn et Hasting écument la contrée de Malaga, ( évoqué dans les paroles de björn planche 12). ce fait est évoqué par :
 

Ibn-Adâri, dans Dozy : Recherches sur l’histoire et la littérature de l’Espagne au moyen âge, 2e éd. Leide,1860,2 vol,in-8e,tII,p291
« En l’année 245 (8 Avril 859-27 Mars 860) les Madjous se montrèrent de nouveau, et cette fois dans 62 navires, sur les côtes de l’Ouest ; mais ils les trouvèrent bien gardées, car des vaisseaux musulmans étaient en croisière depuis les frontières du coté de la France jusqu’à celles de la Galice dans l’extrême Ouest. Deux de leurs navires devancèrent alors les autres, mais poursuivis par les vaisseaux qui gardaient la côte, ils furent capturés dans un port de la province de Béja.

Les Vikings en Méditerranée. 


Voici un exemple de la mise en bande dessinée du fameux raid des Vikings en Méditerranée relaté dans le tome 2 de la série "Moi Svein", et la recherches des textes historiques qui ont permis d'écrire cette histoire. 
Excepté quelques lignes, tout le rédactionnel ci dessous apparaît dans le cahier pédagogique de ce tome.

Ivar et Bjorn, BD viking

La remontée du Rhône par les vikings.


Annales de Saint-Bertin. pour 859
« Les pirates de mer danois cinglèrent longuement entre Espagne et Afrique et pénétrèrent de force dans le Rhône. Après avoir ravagé plusieurs villes et monastères, ils s’installèrent dans l’île Camargue ! »

les Vikings à Arles

(extrait Svein Tome 2

 "Méditerranée")

les Vikings à Nîmes

Annales de Saint-Bertin pour 860

Ceux de ces Danois qui s'étaient établis sur le Rhône parvinrent, toujours dévastant, jusqu'à la cité de Valence puis, après avoir ravagé toutes les parties circonvoisines, retournèrent à l'île ou ils avaient pris leur demeure.

Les rois Louis, Charles et Lothaire se réunissent dans le château dit de Coblentz. Là, après avoir longtemps entre eux traité de la paix ils se jurent union et concorde. Louis, empereur d'Italie, est attaqué par une faction des siens, et sévit contre eux et contre les Bénévenlins par le pillage et l'incendie.

Les Danois qui étaient sur le Rhône vont vers l'Italie, prennent et dévastent Pise et d'autres cités. Le roi Lothaire, en crainte de son oncle Charles, s'allie à Louis, roi de Germanie, et lui donne, dans la vue de cette alliance une partie de son royaume, à savoir l'Alsace. La femme de Lothaire craignant la haine et les embûches de son mari, se réfugie devers son frère Hubert dans le royaume de Charles...

... Les Danois qui demeurent sur le Rhône, viennent jusqu'à Valence en ruinant tout, de là ils retournent sur lîle de Camargue. Les Danois vont en Italie, prennent et pillent Pise et d'autres villes. (chronicon de Nortman. Gestis)

La Camargue, dans le delta du Rhône, était une région mal défendue (du fait des incursions sarrasines), et propice à l'installation d'un campement par les Vikings. Ils y restèrent près de deux années. Il est probable cependant qu’ils aient commencé par aborder les côtes du Roussillon.

(extraits Svein Tome 2

 "Méditerranée")

les Vikings hivernent en Camargue

Les Vikings hivernent

en Camargue.

De cet endroit, ils mènent des raids sur la région environnante...

Narbonne, Arles seront des cités attaquées par les Vikings.

les vikings à Narbonne

Plusieurs Chronologies, sans doute inspirées d’une source commune, mentionnent, à partir de 851, la présence de deux vicomtes à Narbonne : Alaric et Francon. On sait seulement qu’ils furent incapables de défendre la ville contre une attaque soudaine, en 859, des Vikings qui, selon une tradition locale, l’auraient incendiée. Nîmes et Arles furent également la cible des Vikings, comme l’indiquent respectivement la Chronique de Nîmes (Chronicon Nemausense).

Annales de Saint-Bertin. pour 861

 Charles ayant délégué son fils Louis à la garde de son royaume sous la protection d'Adalhard oncle de la reine Hermentrude, s'avança en Bourgogne avec sa femme jusqu’à la cité de Macon. Il était appelé par quelques-uns contre les Normands pour prendre la domination de la Provence, où Charles, fils du feu empereur Lothaire, portait, inutilement et dommageablement le nom et les honneurs de la royauté mais les choses lui étant peu prospères, après avoir fait sur les gens du pays beaucoup de déprédations, il revint à son palais de Pontion

Ponthion, le palais carolingien

Ponthion, le palais

de Charles le Chauce

(Ce dessin de JM Woehrel est exposé à Ponthion) 

Girard régent de Provence à Arles

Girard régent de Provence quitte Arles

et avance sur les Vikings. 

(à gauche)

Les cryptoportiques d'Arles vers 860...

Le forum romain disparait peu à peeu sous la terre.

(à droite)

The Vikings in Arles

Les extraits ci dessus sont très édifiants, tout d'abord sur la durée d'installation des Vikings en camargue, les Annales de St Bertin mentionnenet 859, 860, 861. Les Vikings y ont installé leur base leur permettant des razzias en mer comme sur la cote, le Rhône et en Italie. 
 Le texte nous explique à mots voilés pourquoi : Le roi Charles le Chauve descend porter secours à son neveu Charles (fils de Lothaire) mais ce secours ressemble, un peu trop à une conquête, aussi Girard, régent de Provence, va monter avec une armée, au devant de lui. Il arrive devant Macon, obligeant Charles à retourner en ses états. Naturellement pendant que Girard porte son armée vers le nord, il ne peux porter attention aux scandinaves. Après cet épisode, il se tourne enfin contre les Vikings qu'il aurait rencontré une première fois dans la région de Valence, descendant le fleuve, il finira par les chasser en 861.